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Publié le Thursday, March 08, 2012 5:31 PM
Approche psychanalytique des stérilités psychogènes
Nous
nous proposons avec cet article d’interroger la ou les causalités psychiques
qui seraient à l’origine de certaines stérilités dites ”inexpliquées” sur le
plan biologique. Considérer un symptôme physique comme la solution apportée à
un conflit interne, inobservable et inconscient, fait référence à la théorie
psychodynamique freudienne sur la résurgence de conflits familiaux non résolus,
vécus dans les premières étapes de l’enfance et réactivés sous forme de
problèmes à l’âge adulte.
En
amont du symptôme de stérilité, la ”demande d’enfant” peut, chez certaines
femmes, se singulariser par une revendication immédiate autour d’un droit à
l’enfant qui prend un caractère irréductible, voire paranoïde [2]. En fait,
cette revendication repose sur le fantasme d’être ”rassasiée” de tout désir par
un enfant, fantasme qui exclut bien sûr le désir pour un homme. Cette
formulation de la demande révèle qu’il est attendu un au-delà de
l’enfant et que la qualité de mère correspond à un état idéal. Selon M.
Santiago Delefosse [2] : ”Force est de constater l’existence d’un Vouloir qui
se réfère plus à l’état de mère, qu’à des projections investissant l’enfant.
Cet état rêvé, assouvi par la venue d’un enfant, les rendrait, suivant leurs
dires, ”autres” pour elles-mêmes”.
Par
ailleurs, Canon-Yannotti [3] considère que la venue d’un enfant peut avoir pour
objet de restituer la relation fusionnelle primordiale mère-enfant. Cette
demande d’enfant, qui n’est là que pour atteindre imaginairement une
complétude, ne peut être qu’impossible et le symptôme de stérilité reflète
alors l’écart entre cette complétude imaginaire et la dynamique désirante.
S.
Faure-Pragier [4] voit plutôt dans la stérilité, la difficulté pour la femme
d’acquérir son autonomie. Déniant le lien trop étroit avec sa propre mère, la
femme s’efforce d’adopter un mode de vie normal derrière lequel elle enfouit sa
dépression : ”Cette femme inféconde se sent profondément incapable de
jouer son rôle d’adulte, elle fait ”comme si”, écartant son vécu d’incapacité,
et tente de forcer sa stérilité avec la certitude que l’enfant résoudra tous
les problèmes. Elle l’espère comme ”objet transformationnel”, qui la rendrait
différente. Elle croit qu’en devenant mère, elle se débarrassera de l’image de
sa propre mère dominatrice, sachant et réussissant tout mieux qu’elle.” M.
Bidlowsky [1] considère que pour recevoir en cadeau l’enfant qui vient sceller
la dette liant la fille à la mère, l’étape d’identification à une mère suffisamment
faible est nécessaire. Aussi, chez les femmes infertiles, l’impossibilité de
réaliser cette identification induit le fait que l’enfant reste une tâche à
accomplir, dans un registre similaire à celui d’une production anale comme en
témoigne l’expression ”faire un enfant”.
S
Faure-Pragier [4], quant à elle, associe l’infertilité à un refus d’enfant
provoqué par une grande peur de la maternité : ”L’enfant imaginé paraît
très dangereux à ces femmes infécondes qui le croient capables de les
vampiriser, de les détruire de l’intérieur. Symétriquement, elles se sentent
nocives pour le fœtus qui aurait à vivre enfermé dans leur ventre, pendant neuf
mois. Ces terreurs font l’objet d’un déni qui en empêche la prise de
conscience. En réalité, il semble que nos patientes se projettent sur cet
enfant qui vivrait, imaginent-elles, les souffrances qu’elles ont ressenties
dans leur relation avec leur propre mère. La stérilité ou les fausses couches
apparaissent comme une défense vitale, liées aux pulsions d’autoconservation.”
M.M. Chatel [5] évoque à ce sujet, en référence au ”ravage narcissique” de
Lacan, le pénible ”ravage” qui s’éprouve entre mère et fille.
Par
ailleurs, selon M. Santiago Delefosse [2], la clinique des FIV démontre la
coexistence logique et temporelle de l’attachement à la mère mais aussi au
père : ”Ne pas pouvoir avoir un enfant immobilise ces patientes dans un
impossible paradoxe imaginaire : lutter contre la mère et être détruite de
l’intérieur ; ne pas lutter et ne pas accéder au père ni à l’enfant qu’il
pourrait donner. Ce paradoxe ravive haine et honte, angoisse et culpabilité,
les figeant en un temps logique de la première identification… conjonction
mythique de l’avoir et de l’être.” Selon
F. Faure-Pragier [4] : ”Le père occupe souvent une place marginale dans le
psychisme de nos patientes ; il ne serait, pense la patiente, qu’un simple
instrument de conception pour la mère. Elle en vient même à déprécier ce père
qui n’a pas su s’imposer. Si le père joue un rôle habituellement séparateur du
couple mère-bébé, il semble, dans nos cas, l’avoir fait insuffisamment, ne
réclamant pas pour lui une part du temps de la mère, se soumettant au contraire
à celle-ci ; pour nos patientes, il apparaît souvent comme un enfant de
plus, et non comme celui qui impose un certain ordre, une loi qui sépare les
générations.” Et cet auteur de poursuivre : ”Au cours des cures
psychanalytiques que nous engageons avec ces femmes en mal d’enfant, il est
habituel de constater que la conception est consécutive à un réinvestissement
du père dans le discours. Il s’agit souvent du retour de souvenirs et d’affects
mesurés, d’une certaine complicité, d’une tendresse, de rêves mettant en scène
l’imago paternelle.” Ce simple mouvement de reconnaissance du père exprime sans
doute un progrès dans l’autonomie ; le lien d’amour possessif et de colère
déçu avec la mère se distend grâce au travail analytique, et le père peut alors
retrouver sa place. A
contrario, certaines femmes parlent très vite de la relation privilégiée
qu’elles ont avec leur père, à tel point que l’on pourrait leur prêter ce
discours : ”j’aime tant mon père que tout enfant que je pourrais concevoir
avec un autre homme serait imaginairement de lui”. L’infertilité est alors
préférable à la réalisation d’un inceste fantasmatique.
1•
Bidlowski M., Les enfants du désir, in Psychanalyse à l’université, 4(13),
59-92, Ed Réplique, Dec 78 2•
Santiago-Delefosse M., Fécondation in vitro, Anthropos-Economica, 1995 3•
Canon-Yannotti M. et al, Psychogenic sterility, Rev Fr Gynecol Obstet, 86(12),
741-46, 1991 4•
Faure-Pragier S., Les bébés de l’inconscient, le psychanalyste face aux
stérilités féminines aujourd’hui, PUF, Juin 97 5•
Chatel M.M., Malaise dans la procréation, Albin-Michel, 1998
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E. Lavielle: Publié le Thursday, February 02, 2012 1:12 PM
FIV, Détresse et adaptation psychique
Pour faire suite à notre premier article sur les conséquences du stress de la
FIV qui peuvent se décliner en dépression et anxiété, nous vous proposons avec
cet article d’explorer ce que recouvre le terme ”détresse” qu’utilisent
certaines femmes et d’identifier qu’elles en sont les caractéristiques.
Une étude de Chiba H. [1] portant sur une centaine de
femmes stériles a montré que le stress lié, dans un premier temps, à un
complexe d’infériorité physique [corps porteur ”, incontrôlables, irrationnel],
devient par la suite un stress essentiellement dépendant du regard que la
famille et les ”autres” portent sur l’infertilité et les échecs inexpliqués. Suite au constat de leur incapacité à concevoir, 49%
des femmes ont mentionné des changements dans leur fonctionnement sexuel et 75%
des changements de leur humeur [2]. Les femmes se ressentent souvent moins
féminines, vides, incomplètes, moins désirables [3], elles manquent d’estime
pour elles-mêmes [4], se sentent coupables [5, 6], y compris envers leur
conjoint [6]. Il y a, en fait, une grande divergence entre leur moi actuel et
l’idéal de leur moi [8]. Les femmes vivent souvent l’infertilité comme un échec
de leur rôle social, une diminution de leur statut de femme [9]. Pour Mimoun
[7], il y a une crise d’identité à l’annonce de la stérilité et selon Berg
[10], en acquérant ce statut de femme infertile, elles perdent d’une manière
subjective leur féminité, même si la stérilité incombe à leur partenaire.
La psychologie cognitive anglosaxone [11] s’est
attachée à l’étude des stratégies qu’une personne met en place pour maîtriser
ou diminuer l’impact d’un événement qui menace son bien-être physique ou
psychique. Elle a développé le concept de ”stratégie d’ajustement” ou ”coping”.
Le choix des stratégies dépend d’une part de l’évaluation cognitive que la
personne fait des événements et d’autre part, des ressources dont elle pense
disposer dans ces circonstances. Ces stratégies sont à l’origine du
comportement adopté face au problème : soit d’affrontement (actif), soit
d’évitement (passif), ainsi que du contrôle émotionnel ”utilisé”. Il est, par
ailleurs, important de souligner que toute adaptation psychique est sous-tendue
par un processus d’élaboration progressive, spécifique de l’histoire propre du
sujet et de sa structure psychique. Bringhenti [12] a étudié l’adaptation psychique de 122
femmes. Il a montré que les scores émotionnels, reflets de la capacité à gérer
les événement stressants, étaient influencés par différents facteurs : le
nombre de cycles de FIV et la possibilité d’envisager l’adoption, l’estime que
la femme a vis-à-vis d’elle-même et la satisfaction que son emploi lui apporte,
enfin les dimensions de sa personnalité. Par ailleurs, l’anxiété s’est avérée dépendante
de la satisfaction trouvée au sein du couple. Cet auteur conclue que
l’infertilité et ses traitements peuvent être parfaitement gérés par des femmes
ayant une personnalité équilibrée, une haute estime d’elle-même, satisfaite de
leur emploi et de leur relation avec leur mari et qui peuvent envisager
l’adoption en dernier recours. Mais qu’en est-il des autres femmes ? Mori mentionne que les femmes les plus anxieuses se
figent dans un processus de souffrance psychique d’introversion auquel est
associé une vision pessimiste quant à la réussite d’une grossesse [13]. Enfin,
l’évaluation des ”stratégies d’ajustement” [14] en regard des niveaux de
souffrance psychique, a montré que chez les femmes les plus en détresse, les
stratégies utilisées font essentiellement appel au monologue et au sommeil,
renforçant ainsi leur isolement. Depuis plusieurs années et tenant compte de ces
différents travaux, plusieurs équipes anglo-saxonnes ont proposé un
accompagnement psychothérapeutique de la FIV, souvent sous la forme d’un
programme de 6 à 8 séances, ayant pour objectif de permettre aux femmes et aux
couples de se réapproprier un certain contrôle de leur vie [6], et de diminuer
l’anxiété et la dépression [15, 16]. Mc Queeney DA [17] a mené un travail chez
29 femmes qui cherchaient à concevoir depuis en moyenne au moins 4 ans, et a
conclu à une meilleure gestion de la détresse due à l’infertilité et à ses
traitements, grâce à 6 séances de groupe, que le travail proposé soit de type
émotionnel ou centré sur la résolution de problèmes. Certaines équipes ont souhaité intervenir beaucoup
plus précocement, à savoir avant le pic dépressif de la deuxième année [18],
voire même en amont de tout traitement d’infertilité [14], avec pour but
d’éviter, chez certaines femmes, l’apparition de la détresse et d’augmenter
leur taux de grossesse [18], grâce à une acquisition précoce de stratégies
appropriées. A ce jour, Domar AD mène une étude au sujet de l’impact d’une
brève intervention psychologique sur les arrêts de FIV [20]. Aujourd’hui, la notion de qualité de vie de la femme
en traitement de FIV… reste un sujet d’importance pour les anglo-saxons qui ont
mené une étude sur 1414 femmes [Canada, UK, USA, Australie, Nouvelle-Zélande]
afin de mettre au point le FertiQoL, un outil d’évaluation de 34 items [19].
D’autre part, très récemment, une équipe suédoise a mentionné la colère
d’hommes et femmes trois années après l’échec de la FIV [21].
Dans la continuité de ces travaux, je propose un
accompagnement individuel de quelques séances qui au-delà de refaire du lien
avec un corps vécu comme irrationnel, se centre sur les ressources de la
personne et sur l’identification des schémas cognitifs limitants afin de les
remplacer par des modalités plus ”opérantes” [changement de croyances, neutralisations d’échecs
anxiogènes, gestion de conflits internes…]. Cette démarche à pour objectif de
permettre à la femme de reprendre confiance en elle, de redévelopper de
l’estime vis-à-vis d’elle-même, ressource fondamentale pour dépasser ses
limitations, affronter la situation et dépasser la crise.
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E. Lavielle: Publié le Thursday, January 05, 2012 10:49 PM
FIV,
STRESS, ANXIÉTÉ ET DÉPRESSION
Il
a été montré dans les années 80, que le stress en agissant sur le système
autonome peut modifier les apports sanguins des ovaires et donc peut modifier
leur contractilité, la taille des follicules et l’ovulation [1]. Le stress a
également été estimé responsable de la perturbation des différentes fonctions
intervenant dans la nidation [2]. Plus récemment, des études ont relié le
stress à la prolactine et au cortisol circulant, montrant que ces derniers
présentaient des taux élevés dans le cadre de l’infertilité [21,22 23, 24, 25,
18]. Il
est, par ailleurs, largement reconnu que l’infertilité est à l’origine d’une
détresse d’ordre psychologique [20] et que l’anxiété des femmes en parcours de
FIV peut être considérée comme une réponse au stress généré par les
traitements : incertitude de la réussite du traitement, réactions
physiques aux médicaments, le fait de jongler entre travail, carrière
professionnelle et traitement, sentiment de perte de contrôle du processus de
son corps associé à une dévalorisation de soi [3, 4]. L’anxiété est considérée
comme maximale lors du prélèvement ovocytaire, mais elle est également
importante lors du test de grossesse. Bien qu’il y ait des travaux
contradictoires plus récents [11, 19, 36], plusieurs études ont montré que
l’anxiété a un effet négatif sur la grossesse [5, 6, 7, 8, 35] et que le fait
de la diminuer permet d’augmenter le taux de grossesse [9, 10].
Dans
les années 90, différents travaux ont mis en évidence un lien entre l’infertilité
et la dépression. Lapane a ainsi noté [12] que les femmes ayant eu un épisode
dépressif, présentent deux fois plus souvent un incident secondaire
d’infertilité. Par ailleurs, il a été rapporté [17], avec la réserve que
l’observation porte sur peu de cas, une incidence plus élevée de fausse couche
à un stade précoce, chez des femmes en détresse présentant des cycles mensuels
longs. Dans le cadre de la FIV, les femmes ayant vécu au moins un échec et
déprimées lors du nouveau cycle, n’ont présenté que 13% de grossesse
comparativement à 29% chez les femmes non déprimées [11]. Enfin, des femmes
ayant des symptômes dépressifs importants au 3 jour du cycle de
la FIV, on tun taux de grossesse significativement plus faible que celui de
femmes asymptomatiques [13]. Cette
détresse psychologique des femmes augmente avec le temps [14, 16] et la
dépression s’accentue à chaque échec avec un pic entre le 2 et la
3 année de traitement, pour ne retourner à un niveau normal
qu’après 6 ans d’infertilité [15].
Les
années 2000 ont vu l’éclosion d’études menées essentiellement par les
anglosaxons cherchant à évaluer l’efficacité de la relaxation associée à la
visualisation. Elles ont montré l’impact de cette technique sur différentes
fonctions physiologiques : diminution d’activité du système sympathique et
action sur le stress [26,27], diminution de l’anxiété [26], de la dépression
[30], réduction de la P.A. dans le cadre de l’HTA limite [33], stimulation du
système immunitaire [31, 32], diminution des syndromes prémenstruels sévères
[26], résolution de 2 cas d’infertilité fonctionnelle [34]. Dans le cadre de la
FIV, une diminution de la dépression et de l’anxiété [28, 29] ont été
rapportées.
Dans
la continuité de ces travaux, je propose un accompagnement de la FIV par la
relaxation-visualisation sur 3 séances. Cet accompagnement peut s’inscrire
ultérieurement et si nécessaire dans une prise en charge psychothérapeutique
plus globale.
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