une nécessité pour la survie de notre planète Le monde
change et la crise est là, semant dans nos esprits irrationalité et peurs de
toutes sortes. Et pourtant, cet avenir qui nous inquiète sera fait des actions
de chacune et chacun d’entre nous. En 2004,
Williams [1] constatait d’une part que les États Unis avaient investi 396
milliards de dollars en armement deux années auparavant, soit 33 fois plus que
les budgets réunis des pays opposants – alors que 14 milliards de dollars
auraient pu subvenir aux nécessités de base de l’assistance sanitaire mondiale
pour répondre aux besoins des peuples les plus démunis et d’autre part que les
dépenses militaires du monde étaient restées vertigineuses même après la fin de
la guerre froide. Nous ne pouvons que constater que nos industries
s’affrontent, exploitent les pays les plus faibles, entretiennent et cultivent
un comportement prédateur de compétition et un jeu gagnant/perdant universel. Selon Odent
[2], les cultures occidentales du passé ont survécu grâce à leur férocité et à
leur mode de vie prédateur, mais de nos jours nous sommes condamnés à périr en
tant qu’êtres humains si nous persévérons de cette manière. Nous disposons déjà
d’innombrables modalités de destruction (armes, pollution globale dont
nucléaire, épuisement des ressources naturelles…). L’humanité est donc devenue une espèce menacée dans le
monde d’aujourd’hui, surtout à cause de la guerre qu’elle porte contre la
nature et contre elle-même. Alors que
faire ? Comment arrêter ce processus ? Que changer ? Jacques
Attali, homme au cœur de la vie intellectuelle, politique et économique
française, a partagé récemment sa vision de la crise [5]: ”Tout le monde
devient occidental alors que que l’Occident s’enfonce… et c’est justement cette
apologie extrême de la liberté individuelle qui est la cause profonde de la
crise actuelle… L’expansion de ce système le fait triompher en détruisant des
sociétés antérieures, en faisant exploser les autres systèmes…” et de noter
qu’au sein de cet effondrement il y a ”l’émergence (souvent d’ailleurs en
Occident), d’une nouvelle valeur qui est l’altruisme, que l’on voit apparaître
dans les ONG, dans les réflexions sur l’empathie, le désir de s’occuper des
autres, le bonheur que l’on trouve dans le fait que les autres soient heureux,
toutes ces choses nouvelles qui à mon avis sont l’avenir…” La nature
qui nous environne se conjugue à tout instant depuis des millénaires à partir
de deux opposés : chaud-froid, sec-humide, jour-nuit…. masculin-féminin. Le
monde de l’action, de la réalisation, de la compétition et des résultats est
modelé par le masculin. Et l’emballement actuel qu’il soit économique,
financier ou consumériste est la résultante d’un système de valeurs à dominance
masculine qui ne sont ni reliées ni en harmonie avec le féminin, amenant
l’humain à n’être plus qu’un robot programmé pour la performance par tous les
idéaux collectifs, un être sans profondeur, sans intériorité donc perdu dans
une dépendance à l’horizontale. Le masculin,
dans sa suprématie, s’est imposé et a soumis le féminin et les femmes en
particulier. De nos jours les femmes, et ce qu’elles incarnent, sont encore
très largement dominées, humiliées, victimes de lois qui ne reconnaissent ni
leur égalité, ni leurs droits fondamentaux, ni leurs spécificités. Regardons
simplement, comment dans certains pays d’Asie et d’Afrique, les femmes
adultères sont traitées, battues à mort, lapidées. Rappelons nous le suicide récent d’Amina qui a préféré la
mort à un futur mari, pratiquant le viol, qui ne souhaitait l’épouser que pour
échapper à la justice…. Il y a tant de chemin encore à faire pour que la moitié
de l’espèce humaine soit considérée comme l’égal de l’autre moitié. Plus proche
de nous, en France, les différentes associations humanitaires françaises
n’ont-elles pas communiqué tout l’hiver dernier sur la précarité des femmes
avec ou sans enfant ? N’est-il pas connu des notaires français, que les femmes
seules sans enfant sont fréquemment ”déshéritées”, l’état étant heureusement
garant du maintien de leur tiers de réserve… ? La revendication ”à travail
égal, salaire égal” n’est toujours pas mise en pratique et le déséquilibre
homme-femme dans les postes décisionnaires est notoire, contrairement à
d’autres pays européens ou nordiques…. En France,
le MLF, à travers le combat mené par le Mouvement du Planning Familial, a permis
aux femmes d’acquérir des droits qui leurs étaient inaccessibles depuis des
siècles, tel que celui de disposer de leur corps et de maîtriser leur
procréation. C’était hier… Il y eut en
conséquence pour les femmes une plus grande possibilité d’accéder à des postes
à responsabilité à condition qu’elles acceptent un vrai ”parcours du
combattant”, au détriment souvent des enfants, de leur couple. Les militantes du
MLF ont mené leur combat sur un mode masculin puisque c’était le seul mode de
conviction et d’action qui pouvait être entendu dans un monde patriarcal. Se
seraient-elles faites entendre si elles avaient argumenté avec gentillesse,
douceur, patience, flexibilité… ? Je crains que cela n’ait été tenté, mais sans
résultat. Ce passage par un comportement masculin était donc une nécessité même
si nombre de femmes en ont subi la critique. Néanmoins, aujourd’hui, avec
quelque recul, nous pouvons dire que les femmes, dans leurs revendications, ont
demandé à avoir les mêmes droits que les hommes, mais dans le même temps elles
ont malheureusement oublié et laissé de côté ce qui les différencie,
c’est-à-dire plus de féminin… Mais, pouvaient-elles en être conscientes à cette
époque? En pratique,
c’est toujours un fait actuel que les valeurs masculines sont plus prégnantes
en Occident que les féminines. L’esprit de lutte et de compétition, l’autorité,
l’indépendance, l’initiative, la différenciation, l’exercice du pouvoir,
l’efficacité et le rendement, la réussite sociale et notamment financière, dans
lesquels beaucoup d’hommes se reconnaissent ou aspirent à se reconnaître, sont
présentés comme des signes d’accomplissement, de réussite sociale. Alors que la
réceptivité, la patience, l’écoute, le contentement, la protection, le
dialogue, l’empathie, la construction de liens, l’attachement, la
contemplation, le partage, l’entraide, la fraternité… occupent plutôt,
socialement parlant, des places décoratives sans véritable valeur mesurable
marchande, sauf dans quelques secteurs comme l’enseignement aux jeunes enfants,
la psychothérapie… En tant que
femmes, les quelques valeurs du féminin listées ci-dessus sont-elles
suffisantes pour nous faire appréhender ce qu’est le Féminin et l’essence de
notre nature profonde qui nous met en vie ? Ne serait-il pas essentiel
d’évoquer l’importance des cycles au sein du féminin et en particulier celui
concernant la vie et la mort ? Comment peut-on penser devenir des femmes
accomplies et épanouies si nous tenons en esclavage cette force créatrice et
jaillissante, si nous sommes coupées de cette source infinie en nous, si nous
nous limitons, dans notre manière d’appréhender le monde qui nous entoure, à un
seul mode de connaissance, le mode masculin ? Sur un plan
historique, il est intéressant de noter que dans le bassin méditerranéen,
Ishtar, Déesse androgyne, était considérée comme la Déesse de la Fertilité,
mère de toute la création et de tout être vivant, du Ciel et de la Terre, mais
aussi Déesse des songes, des Enfers et de la Destruction. Elle était révérée en
tant que Grande Mère mais aussi en tant que prostituée sacrée et les
”corps-temples” de ses prêtresses permettaient aux hommes d’accéder au sacré,
et de se guérir à travers l’acte sexuel… Comment
conjuguer une telle vision du corps féminin avec le consumérisme sexuel actuel,
avec le verdict lié à une balance ou à des mensurations, entraînant un besoin
compulsif de combler le vide intérieur par la boulimie, l’alcoolisme, la
drogue…. ? En tant qu’être humain, ce sont nos valeurs qui nous font tenir
debout. Si nous perdons l’accès à nos certitudes profondes qui constituent la
cohérence de notre monde, ou si nous sommes amenés à douter de ce que nous
ressentons, nous perdons notre verticalité et devenons inévitablement faibles
donc corruptibles et dépendants. Selon F.
Gange [6] ”Les mythes grecs, et celui d’Europe en particulier, s’avèrent
véhiculer la mémoire du long affrontement historique qui a débuté vers la fin
des âges de bronze (aux alentours de -2800 av JC à Sumer ; vers -1600 av JC en Grèce…) entre la très antique culture de la Déesse, structurée autour du Tout
sacré… et la nouvelle culture du Dieu/Père, conquérante et guerrière…”. Et
cette auteure de poursuivre : ”l’important est que cette inversion des
polarités, féminine puis masculine, du divin, s’est accompagnée d’une inversion
radicale des valeurs : des valeurs de sacralité de la vie et de respect de la
terre considérée comme le corps de la Grande Mère, aux valeurs de conquête qui
impliquent la guerre et son cortège ”pillage et soumission”… L’ordre patriarcal
a désacralisé le monde dans l’exacte mesure où, séparant l’homme à la fois de
la femme et de la nature, il a libéré la force brute et en a fait le guide du
nouveau monde, structuré autour de la conquête qui engendre les hiérarchies et
privilégie l’avoir et la quantité, au détriment de l’être. ” Après 100
ans de la libération de la femme, qu’avons-nous réellement atteint ? Comme l’écrit Barbara Schasseur,
psychologue spécialisée dans les problèmes de dépendance boulimie, alcoolisme
[3] : ”Socialement certes certains préjugés ont été cassés. La cage est
maintenant ouverte et les femmes ont la liberté et la responsabilité de leur
choix. Mais psychologiquement elles sont encore prisonnières des rêves de
Prince Charmant et donc des modèles du Patriarcat. Nos mères se sont battues
pour l’égalité mais elles n’ont pas changé le monde, elles s’y sont adaptées
simplement en se donnant le droit d’être elles aussi masculines….Hier, nous
étions vouées à être femmes au foyer, aujourd’hui nous sommes tout aussi
soumises au tampon approbatif de l’homme, pas les vrais que nous côtoyons, eux
aussi pétris de souffrance, mais ceux dans la tête, princes et aventuriers qui
font vibrer notre romantisme infantile. Ainsi, avec un corps encore une fois
objet, nous devenons les performantes du sexe, enragées contre notre propre
vagin qui lui se garde de livrer n’importe comment les initiations de ses
mystères.” Ne
serait-il pas temps de nous interroger sur ”Qu’est-ce qu’être femme” ? Quelles
sont les caractéristiques de ce Féminin qui nous habite ? Comment vivons–nous
l’articulation entre notre masculin et notre féminin ? Comment exprimons-nous
les différentes facettes du Féminin ? Quels
sont réellement nos désirs, nos valeurs, notre vision en tant que femme ? Quelles énergies de nous-même
souhaitons nous mettre en œuvre pour participer pleinement au changement
planétaire actuel ? Pinkola
Estes [4] (Femmes qui courent avec les loups, Grasset,
1992) qualifie l’essence Féminine fondamentale qui habite au plus profond
de chaque femme ainsi: ”Chez la femme, l’intériorité est
simple et innée. Elle contacte avec aisance les énergies instinctives internes
qui constituent l’essence même de son être... Tantôt solitaire, tantôt
maternante, quelquefois impulsive ou tout à coup inspirée, la femme est à
l’image du cycle de la lune, changeante et aussi profondément enracinée dans la
sagesse même des rythmes de la vie de la terre et de tous les êtres vivants qui
la composent. Si nous voulons fleurir dans notre vie, nous devons respecter les
rythmes connus de cette essence féminine profonde.” L’initiation
au féminin nous inflige de mourir pour renaître, d’accepter le néant pour
laisser émerger l’inconnu, l’invisible pour voir autrement…. Le féminin dans sa
puissance est une force de création innée, celle du chaos dont naît l’infini
des possibles, celle autorisant, ouvrant l’espace d’un recommencement, une
renaissance après la mort, mouvement infini d’une intention qui nous dépasse.
Le féminin est cyclique et non pas linéaire, il est comme la spirale de la
transe, ou la spirale évolutive de la matière et de la conscience, laissant
émerger dans la danse du temps l’organisation constructive des réalisations
universelles. L’essence
féminine représente la voix de l’âme, elle nous invite à dépasser la vision de
l’ego pour agir en conscience et nous mettre à l’écoute des vrais besoins de
l’humanité. Elle ”sait” avant même que la raison impose sa loi. Sentir et
vivre sa nature féminine, c’est se donner la possibilité de créer, de se créer,
de s’épanouir ; c’est mettre en pratique des valeurs qui peuvent
contribuer à plus d’amour et de sagesse dans le monde. Si jamais
ces quelques mots résonnent en vous et si vous vous sentez concernée, je vous
invite à nous rejoindre au sein d’un groupe de paroles de Femmes. 1• Williams,
Jessica (2004) : 50 facts that should change the world. Cambridge : Icon Books,
Ltd 2• Odent Michel
(2001) : The Scientification of Love, London : Free association Books 3• Barbara Schasseur (2008) :
Boulimie et dépendance, mal être
au féminin, Synodies du Grett, 26-31 4• Pinkola Estes, Femmes
qui courent avec les loups, Grasset, 1992 5 •
Séphane Allix : La part spirituelle de J. Attali,Inexploré, Avril-Juin 2012,
6-11 6 •
Françoise Gange, Le viol d’Europe,
ou le feminine bafoué, Ed Alphé 2007, 151-152 |








