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FIV, Détresse et adaptation psychique




FIV, Détresse et adaptation psychique


 
Pour faire suite à notre premier article  sur les conséquences du stress de la FIV qui peuvent se décliner en dépression et anxiété, nous vous proposons avec cet article d’explorer ce que recouvre le terme ”détresse” qu’utilisent certaines femmes et d’identifier qu’elles en sont les caractéristiques.
 
Une étude de Chiba H. [1] portant sur une centaine de femmes stériles a montré que le stress lié, dans un premier temps, à un complexe d’infériorité physique [corps porteur ”, incontrôlables, irrationnel], devient par la suite un stress essentiellement dépendant du regard que la famille et les ”autres” portent sur l’infertilité et les échecs inexpliqués.
Suite au constat de leur incapacité à concevoir, 49% des femmes ont mentionné des changements dans leur fonctionnement sexuel et 75% des changements de leur humeur [2]. Les femmes se ressentent souvent moins féminines, vides, incomplètes, moins désirables [3], elles manquent d’estime pour elles-mêmes [4], se sentent coupables [5, 6], y compris envers leur conjoint [6]. Il y a, en fait, une grande divergence entre leur moi actuel et l’idéal de leur moi [8]. Les femmes vivent souvent l’infertilité comme un échec de leur rôle social, une diminution de leur statut de femme [9]. Pour Mimoun [7], il y a une crise d’identité à l’annonce de la stérilité et selon Berg [10], en acquérant ce statut de femme infertile, elles perdent d’une manière subjective leur féminité, même si la stérilité incombe à leur partenaire.
 
La psychologie cognitive anglosaxone [11] s’est attachée à l’étude des stratégies qu’une personne met en place pour maîtriser ou diminuer l’impact d’un événement qui menace son bien-être physique ou psychique. Elle a développé le concept de ”stratégie d’ajustement” ou ”coping”. Le choix des stratégies dépend d’une part de l’évaluation cognitive que la personne fait des événements et d’autre part, des ressources dont elle pense disposer dans ces circonstances. Ces stratégies sont à l’origine du comportement adopté face au problème : soit d’affrontement (actif), soit d’évitement (passif), ainsi que du contrôle émotionnel ”utilisé”. Il est, par ailleurs, important de souligner que toute adaptation psychique est sous-tendue par un processus d’élaboration progressive, spécifique de l’histoire propre du sujet et de sa structure psychique.
Bringhenti [12] a étudié l’adaptation psychique de 122 femmes. Il a montré que les scores émotionnels, reflets de la capacité à gérer les événement stressants, étaient influencés par différents facteurs : le nombre de cycles de FIV et la possibilité d’envisager l’adoption, l’estime que la femme a vis-à-vis d’elle-même et la satisfaction que son emploi lui apporte, enfin les dimensions de sa personnalité. Par ailleurs, l’anxiété s’est avérée dépendante de la satisfaction trouvée au sein du couple. Cet auteur conclue que l’infertilité et ses traitements peuvent être parfaitement gérés par des femmes ayant une personnalité équilibrée, une haute estime d’elle-même, satisfaite de leur emploi et de leur relation avec leur mari et qui peuvent envisager l’adoption en dernier recours. Mais qu’en est-il des autres femmes ?
Mori mentionne que les femmes les plus anxieuses se figent dans un processus de souffrance psychique d’introversion auquel est associé une vision pessimiste quant à la réussite d’une grossesse [13]. Enfin, l’évaluation des ”stratégies d’ajustement” [14] en regard des niveaux de souffrance psychique, a montré que chez les femmes les plus en détresse, les stratégies utilisées font essentiellement appel au monologue et au sommeil, renforçant ainsi leur isolement.
Depuis plusieurs années et tenant compte de ces différents travaux, plusieurs équipes anglo-saxonnes ont proposé un accompagnement psychothérapeutique de la FIV, souvent sous la forme d’un programme de 6 à 8 séances, ayant pour objectif de permettre aux femmes et aux couples de se réapproprier un certain contrôle de leur vie [6], et de diminuer l’anxiété et la dépression [15, 16]. Mc Queeney DA [17] a mené un travail chez 29 femmes qui cherchaient à concevoir depuis en moyenne au moins 4 ans, et a conclu à une meilleure gestion de la détresse due à l’infertilité et à ses traitements, grâce à 6 séances de groupe, que le travail proposé soit de type émotionnel ou centré sur la résolution de problèmes.
Certaines équipes ont souhaité intervenir beaucoup plus précocement, à savoir avant le pic dépressif de la deuxième année [18], voire même en amont de tout traitement d’infertilité [14], avec pour but d’éviter, chez certaines femmes, l’apparition de la détresse et d’augmenter leur taux de grossesse [18], grâce à une acquisition précoce de stratégies appropriées. A ce jour, Domar AD mène une étude au sujet de l’impact d’une brève intervention psychologique sur les arrêts de FIV [20].
Aujourd’hui, la notion de qualité de vie de la femme en traitement de FIV… reste un sujet d’importance pour les anglo-saxons qui ont mené une étude sur 1414 femmes [Canada, UK, USA, Australie, Nouvelle-Zélande] afin de mettre au point le FertiQoL, un outil d’évaluation de 34 items [19]. D’autre part, très récemment, une équipe suédoise a mentionné la colère d’hommes et femmes trois années après l’échec de la FIV [21].
 
Dans la continuité de ces travaux, je propose un accompagnement individuel de quelques séances qui au-delà de refaire du lien avec un corps vécu comme irrationnel, se centre sur les ressources de la personne et sur l’identification des schémas cognitifs limitants afin de les remplacer par des modalités plus ”opérantes”  [changement de croyances, neutralisations d’échecs anxiogènes, gestion de conflits internes…]. Cette démarche à pour objectif de permettre à la femme de reprendre confiance en elle, de redévelopper de l’estime vis-à-vis d’elle-même, ressource fondamentale pour dépasser ses limitations, affronter la situation et dépasser la crise.
 
  1. Chiba H, Stress of female infertility.. Gyn &Obst Investigation 43(3), 171-7, 1997
  2. Downey J, Mood disorders… Fertil Steril 52(3), 425-432, 1989
  3. Freeman  EW et al, Behavioral and Emotional… Fertil Steril 40, 195-201, 1983
  4. Facchinetti F, Psychosomatic disorders… Psychother Psychosom 58(3-4), 137-154, 1992
  5. Berg B, Psychological functionning… J Behav Med 14, 11-26, 1991
  6. Beaurepaire J et al, Psychosocial adjustment to infertility… J Psychosom. Res. 38(3), 229-40, 1994
  7. Mimoun S, les multiples interactions… Contracept Fert Sex 21(3), 251-254, 1993
  8. Kraft A et al, The psychological dimensions… Am J Orthopsychiatry 50, 618-628, 1980
  9. Greil A et al, Infertility : his and hers, Gen Soc 2, 172-199, 1988
  10. Berg J et al, Psychological sequelae of infertility… Soc Sci Med 33(0), 1071-1080, 1991
  11. Lazarus RS. Stress and coping as factors – In : Cohen J et al Psychosocial aspects of cancer, N.Y. Raven Press 1982
  12. Bringhenti F et al, Psychological adjustment of infertile… Acta Obstet Gynecol Scand. 76(5) : 431-7, 1997
  13. Mori E et al, Anxiety of infertile women undergoing IVF-ET… Gyn Obstet Invest 44(3) : 157-162, 1997
  14. Lukse MP et al, Grief, depression and coping… Ostet Gynaecol 93(2), 245-51, 1999
  15. Domar AD et al, Psychological improvment in infertile.. Fertil Steril 58(1), 144-47, 1992
  16. Domar AD et al, The mind/body  program.. Fertil Steril 53(2), 246-49, 1990
  17. Mc Queeney DA et al, Efficacy of emotion-focused and problem-focused… J Behav Med 20(4), 313-31, 1997
  18. Domar AD et al, Impact of group psychological interventions.. Fertil Steril 73(4), 805-12, 2000
  19. Boivin J et al, The fertility quality of life (FertiQoL) tool….Hum Reprod. 2011 Aug;26(8):2084-91
  20. Domar AD et al, The mind/body  program… ClinicalTrials.gov identifier: NCT01318291
  21. Helena Volgsten  et al, Unresolved grief in women and men in Sweden… Supplemental Terms and Conditions for iOpenAccess articles published in Informa Healthcare journals, Accepted July 14, 2010

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