Eléonor Lavielle - Psychologue Psychothérapeute
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Donner une place au Féminin : une nécessité pour la survie de notre planète


Donner une place au Féminin :
une nécessité pour la survie de notre planète
 
 
Le monde change et la crise est là, semant dans nos esprits irrationalité et peurs de toutes sortes. Et pourtant, cet avenir qui nous inquiète sera fait des actions de chacune et chacun d’entre nous.
En 2004, Williams [1] constatait d’une part que les États Unis avaient investi 396 milliards de dollars en armement deux années auparavant, soit 33 fois plus que les budgets réunis des pays opposants – alors que 14 milliards de dollars auraient pu subvenir aux nécessités de base de l’assistance sanitaire mondiale pour répondre aux besoins des peuples les plus démunis et d’autre part que les dépenses militaires du monde étaient restées vertigineuses même après la fin de la guerre froide. Nous ne pouvons que constater que nos industries s’affrontent, exploitent les pays les plus faibles, entretiennent et cultivent un comportement prédateur de compétition et un jeu gagnant/perdant universel.
Selon Odent [2], les cultures occidentales du passé ont survécu grâce à leur férocité et à leur mode de vie prédateur, mais de nos jours nous sommes condamnés à périr en tant qu’êtres humains si nous persévérons de cette manière. Nous disposons déjà d’innombrables modalités de destruction (armes, pollution globale dont nucléaire, épuisement des ressources naturelles…). L’humanité est donc  devenue une espèce menacée dans le monde d’aujourd’hui, surtout à cause de la guerre qu’elle porte contre la nature et contre elle-même.
Alors que faire ? Comment arrêter ce processus ? Que changer ?
Jacques Attali, homme au cœur de la vie intellectuelle, politique et économique française, a partagé récemment sa vision de la crise [5]: ”Tout le monde devient occidental alors que que l’Occident s’enfonce… et c’est justement cette apologie extrême de la liberté individuelle qui est la cause profonde de la crise actuelle… L’expansion de ce système le fait triompher en détruisant des sociétés antérieures, en faisant exploser les autres systèmes…” et de noter qu’au sein de cet effondrement il y a ”l’émergence (souvent d’ailleurs en Occident), d’une nouvelle valeur qui est l’altruisme, que l’on voit apparaître dans les ONG, dans les réflexions sur l’empathie, le désir de s’occuper des autres, le bonheur que l’on trouve dans le fait que les autres soient heureux, toutes ces choses nouvelles qui à mon avis sont l’avenir…”
 
La nature qui nous environne se conjugue à tout instant depuis des millénaires à partir de deux opposés : chaud-froid, sec-humide, jour-nuit…. masculin-féminin. Le monde de l’action, de la réalisation, de la compétition et des résultats est modelé par le masculin. Et l’emballement actuel qu’il soit économique, financier ou consumériste est la résultante d’un système de valeurs à dominance masculine qui ne sont ni reliées ni en harmonie avec le féminin, amenant l’humain à n’être plus qu’un robot programmé pour la performance par tous les idéaux collectifs, un être sans profondeur, sans intériorité donc perdu dans une dépendance à l’horizontale.
Le masculin, dans sa suprématie, s’est imposé et a soumis le féminin et les femmes en particulier. De nos jours les femmes, et ce qu’elles incarnent, sont encore très largement dominées, humiliées, victimes de lois qui ne reconnaissent ni leur égalité, ni leurs droits fondamentaux, ni leurs spécificités. Regardons simplement, comment dans certains pays d’Asie et d’Afrique, les femmes adultères sont traitées, battues à mort, lapidées.  Rappelons nous le suicide récent d’Amina qui a préféré la mort à un futur mari, pratiquant le viol, qui ne souhaitait l’épouser que pour échapper à la justice…. Il y a tant de chemin encore à faire pour que la moitié de l’espèce humaine soit considérée comme l’égal de l’autre moitié. Plus proche de nous, en France, les différentes associations humanitaires françaises n’ont-elles pas communiqué tout l’hiver dernier sur la précarité des femmes avec ou sans enfant ? N’est-il pas connu des notaires français, que les femmes seules sans enfant sont fréquemment ”déshéritées”, l’état étant heureusement garant du maintien de leur tiers de réserve… ? La revendication ”à travail égal, salaire égal” n’est toujours pas mise en pratique et le déséquilibre homme-femme dans les postes décisionnaires est notoire, contrairement à d’autres pays européens ou nordiques….
 
En France, le MLF, à travers le combat mené par le Mouvement du Planning Familial, a permis aux femmes d’acquérir des droits qui leurs étaient inaccessibles depuis des siècles, tel que celui de disposer de leur corps et de maîtriser leur procréation. C’était hier…
Il y eut en conséquence pour les femmes une plus grande possibilité d’accéder à des postes à responsabilité à condition qu’elles acceptent un vrai ”parcours du combattant”, au détriment souvent des enfants, de leur couple. Les militantes du MLF ont mené leur combat sur un mode masculin puisque c’était le seul mode de conviction et d’action qui pouvait être entendu dans un monde patriarcal. Se seraient-elles faites entendre si elles avaient argumenté avec gentillesse, douceur, patience, flexibilité… ? Je crains que cela n’ait été tenté, mais sans résultat. Ce passage par un comportement masculin était donc une nécessité même si nombre de femmes en ont subi la critique. Néanmoins, aujourd’hui, avec quelque recul, nous pouvons dire que les femmes, dans leurs revendications, ont demandé à avoir les mêmes droits que les hommes, mais dans le même temps elles ont malheureusement oublié et laissé de côté ce qui les différencie, c’est-à-dire plus de féminin… Mais, pouvaient-elles en être conscientes à cette époque?
 
En pratique, c’est toujours un fait actuel que les valeurs masculines sont plus prégnantes en Occident que les féminines. L’esprit de lutte et de compétition, l’autorité, l’indépendance, l’initiative, la différenciation, l’exercice du pouvoir, l’efficacité et le rendement, la réussite sociale et notamment financière, dans lesquels beaucoup d’hommes se reconnaissent ou aspirent à se reconnaître, sont présentés comme des signes d’accomplissement, de réussite sociale. Alors que la réceptivité, la patience, l’écoute, le contentement, la protection, le dialogue, l’empathie, la construction de liens, l’attachement, la contemplation, le partage, l’entraide, la fraternité… occupent plutôt, socialement parlant, des places décoratives sans véritable valeur mesurable marchande, sauf dans quelques secteurs comme l’enseignement aux jeunes enfants, la psychothérapie…
 
En tant que femmes, les quelques valeurs du féminin listées ci-dessus sont-elles suffisantes pour nous faire appréhender ce qu’est le Féminin et l’essence de notre nature profonde qui nous met en vie ? Ne serait-il pas essentiel d’évoquer l’importance des cycles au sein du féminin et en particulier celui concernant la vie et la mort ? Comment peut-on penser devenir des femmes accomplies et épanouies si nous tenons en esclavage cette force créatrice et jaillissante, si nous sommes coupées de cette source infinie en nous, si nous nous limitons, dans notre manière d’appréhender le monde qui nous entoure, à un seul mode de connaissance, le mode masculin ?
 
Sur un plan historique, il est intéressant de noter que dans le bassin méditerranéen, Ishtar, Déesse androgyne, était considérée comme la Déesse de la Fertilité, mère de toute la création et de tout être vivant, du Ciel et de la Terre, mais aussi Déesse des songes, des Enfers et de la Destruction. Elle était révérée en tant que Grande Mère mais aussi en tant que prostituée sacrée et les ”corps-temples” de ses prêtresses permettaient aux hommes d’accéder au sacré, et de se guérir à travers l’acte sexuel…
Comment conjuguer une telle vision du corps féminin avec le consumérisme sexuel actuel, avec le verdict lié à une balance ou à des mensurations, entraînant un besoin compulsif de combler le vide intérieur par la boulimie, l’alcoolisme, la drogue…. ? En tant qu’être humain, ce sont nos valeurs qui nous font tenir debout. Si nous perdons l’accès à nos certitudes profondes qui constituent la cohérence de notre monde, ou si nous sommes amenés à douter de ce que nous ressentons, nous perdons notre verticalité et devenons inévitablement faibles donc corruptibles et dépendants.
Selon F. Gange [6] ”Les mythes grecs, et celui d’Europe en particulier, s’avèrent véhiculer la mémoire du long affrontement historique qui a débuté vers la fin des âges de bronze (aux alentours de -2800 av JC à Sumer ; vers -1600 av JC en Grèce…) entre la très antique culture de la Déesse, structurée autour du Tout sacré… et la nouvelle culture du Dieu/Père, conquérante et guerrière…”. Et cette auteure de poursuivre : ”l’important est que cette inversion des polarités, féminine puis masculine, du divin, s’est accompagnée d’une inversion radicale des valeurs : des valeurs de sacralité de la vie et de respect de la terre considérée comme le corps de la Grande Mère, aux valeurs de conquête qui impliquent la guerre et son cortège ”pillage et soumission”… L’ordre patriarcal a désacralisé le monde dans l’exacte mesure où, séparant l’homme à la fois de la femme et de la nature, il a libéré la force brute et en a fait le guide du nouveau monde, structuré autour de la conquête qui engendre les hiérarchies et privilégie l’avoir et la quantité, au détriment de l’être.
 
Après 100 ans de la libération de la femme, qu’avons-nous réellement atteint ?  Comme l’écrit Barbara Schasseur, psychologue spécialisée dans les problèmes de dépendance boulimie, alcoolisme [3] : ”Socialement certes certains préjugés ont été cassés. La cage est maintenant ouverte et les femmes ont la liberté et la responsabilité de leur choix. Mais psychologiquement elles sont encore prisonnières des rêves de Prince Charmant et donc des modèles du Patriarcat. Nos mères se sont battues pour l’égalité mais elles n’ont pas changé le monde, elles s’y sont adaptées simplement en se donnant le droit d’être elles aussi masculines….Hier, nous étions vouées à être femmes au foyer, aujourd’hui nous sommes tout aussi soumises au tampon approbatif de l’homme, pas les vrais que nous côtoyons, eux aussi pétris de souffrance, mais ceux dans la tête, princes et aventuriers qui font vibrer notre romantisme infantile. Ainsi, avec un corps encore une fois objet, nous devenons les performantes du sexe, enragées contre notre propre vagin qui lui se garde de livrer n’importe comment les initiations de ses mystères.”
 
Ne serait-il pas temps de nous interroger sur ”Qu’est-ce qu’être femme” ? Quelles sont les caractéristiques de ce Féminin qui nous habite ? Comment vivons–nous l’articulation entre notre masculin et notre féminin ? Comment exprimons-nous les différentes facettes du Féminin ?
Quels sont réellement nos désirs, nos valeurs, notre vision en tant que femme ?  Quelles énergies de nous-même souhaitons nous mettre en œuvre pour participer pleinement au changement planétaire actuel ?
Pinkola Estes [4] (Femmes qui courent avec les loups, Grasset, 1992) qualifie l’essence Féminine fondamentale qui habite au plus profond de chaque femme ainsi: ”Chez la femme, l’intériorité est simple et innée. Elle contacte avec aisance les énergies instinctives internes qui constituent l’essence même de son être... Tantôt solitaire, tantôt maternante, quelquefois impulsive ou tout à coup inspirée, la femme est à l’image du cycle de la lune, changeante et aussi profondément enracinée dans la sagesse même des rythmes de la vie de la terre et de tous les êtres vivants qui la composent. Si nous voulons fleurir dans notre vie, nous devons respecter les rythmes connus de cette essence féminine profonde.”
L’initiation au féminin nous inflige de mourir pour renaître, d’accepter le néant pour laisser émerger l’inconnu, l’invisible pour voir autrement…. Le féminin dans sa puissance est une force de création innée, celle du chaos dont naît l’infini des possibles, celle autorisant, ouvrant l’espace d’un recommencement, une renaissance après la mort, mouvement infini d’une intention qui nous dépasse. Le féminin est cyclique et non pas linéaire, il est comme la spirale de la transe, ou la spirale évolutive de la matière et de la conscience, laissant émerger dans la danse du temps l’organisation constructive des réalisations universelles.
L’essence féminine représente la voix de l’âme, elle nous invite à dépasser la vision de l’ego pour agir en conscience et nous mettre à l’écoute des vrais besoins de l’humanité. Elle ”sait” avant même que la raison impose sa loi. Sentir et vivre sa nature féminine, c’est se donner la possibilité de créer, de se créer, de s’épanouir ; c’est mettre en pratique des valeurs qui peuvent contribuer à plus d’amour et de sagesse dans le monde.
 
Si jamais ces quelques mots résonnent en vous et si vous vous sentez concernée, je vous invite à nous rejoindre au sein d’un groupe de paroles de Femmes.
 
 
1• Williams, Jessica (2004) : 50 facts that should change the world. Cambridge : Icon Books, Ltd
2• Odent Michel (2001) : The Scientification of Love, London : Free association Books
3• Barbara Schasseur (2008) : Boulimie et  dépendance, mal être au féminin, Synodies du Grett, 26-31
4• Pinkola Estes, Femmes qui courent avec les loups, Grasset, 1992
5 • Séphane Allix : La part spirituelle de J. Attali,Inexploré, Avril-Juin 2012, 6-11
6 • Françoise Gange,  Le viol d’Europe, ou le feminine bafoué, Ed Alphé 2007, 151-152

Approche psychanalytique des stérilités psychogènes


Approche psychanalytique des stérilités psychogènes
 

Nous nous proposons avec cet article d’interroger la ou les causalités psychiques qui seraient à l’origine de certaines stérilités dites ”inexpliquées” sur le plan biologique. Considérer un symptôme physique comme la solution apportée à un conflit interne, inobservable et inconscient, fait référence à la théorie psychodynamique freudienne sur la résurgence de conflits familiaux non résolus, vécus dans les premières étapes de l’enfance et réactivés sous forme de problèmes à l’âge adulte.
 
En amont du symptôme de stérilité, la ”demande d’enfant” peut, chez certaines femmes, se singulariser par une revendication immédiate autour d’un droit à l’enfant qui prend un caractère irréductible, voire paranoïde [2]. En fait, cette revendication repose sur le fantasme d’être ”rassasiée” de tout désir par un enfant, fantasme qui exclut bien sûr le désir pour un homme. Cette formulation de la demande révèle qu’il est attendu un au-delà de l’enfant et que la qualité de mère correspond à un état idéal. Selon M. Santiago Delefosse [2] : ”Force est de constater l’existence d’un Vouloir qui se réfère plus à l’état de mère, qu’à des projections investissant l’enfant. Cet état rêvé, assouvi par la venue d’un enfant, les rendrait, suivant leurs dires, ”autres” pour elles-mêmes”.
 
Par ailleurs, Canon-Yannotti [3] considère que la venue d’un enfant peut avoir pour objet de restituer la relation fusionnelle primordiale mère-enfant. Cette demande d’enfant, qui n’est là que pour atteindre imaginairement une complétude, ne peut être qu’impossible et le symptôme de stérilité reflète alors l’écart entre cette complétude imaginaire et la dynamique désirante.
 
S. Faure-Pragier [4] voit plutôt dans la stérilité, la difficulté pour la femme d’acquérir son autonomie. Déniant le lien trop étroit avec sa propre mère, la femme s’efforce d’adopter un mode de vie normal derrière lequel elle enfouit sa dépression : ”Cette femme inféconde se sent profondément incapable de jouer son rôle d’adulte, elle fait ”comme si”, écartant son vécu d’incapacité, et tente de forcer sa stérilité avec la certitude que l’enfant résoudra tous les problèmes. Elle l’espère comme ”objet transformationnel”, qui la rendrait différente. Elle croit qu’en devenant mère, elle se débarrassera de l’image de sa propre mère dominatrice, sachant et réussissant tout mieux qu’elle.”
M. Bidlowsky [1] considère que pour recevoir en cadeau l’enfant qui vient sceller la dette liant la fille à la mère, l’étape d’identification à une mère suffisamment faible est nécessaire. Aussi, chez les femmes infertiles, l’impossibilité de réaliser cette identification induit le fait que l’enfant reste une tâche à accomplir, dans un registre similaire à celui d’une production anale comme en témoigne l’expression ”faire un enfant”.
 
S Faure-Pragier [4], quant à elle, associe l’infertilité à un refus d’enfant provoqué par une grande peur de la maternité : ”L’enfant imaginé paraît très dangereux à ces femmes infécondes qui le croient capables de les vampiriser, de les détruire de l’intérieur. Symétriquement, elles se sentent nocives pour le fœtus qui aurait à vivre enfermé dans leur ventre, pendant neuf mois. Ces terreurs font l’objet d’un déni qui en empêche la prise de conscience. En réalité, il semble que nos patientes se projettent sur cet enfant qui vivrait, imaginent-elles, les souffrances qu’elles ont ressenties dans leur relation avec leur propre mère. La stérilité ou les fausses couches apparaissent comme une défense vitale, liées aux pulsions d’autoconservation.” M.M. Chatel [5] évoque à ce sujet, en référence au ”ravage narcissique” de Lacan, le pénible ”ravage” qui s’éprouve entre mère et fille.
 
Par ailleurs, selon M. Santiago Delefosse [2], la clinique des FIV démontre la coexistence logique et temporelle de l’attachement à la mère mais aussi au père : ”Ne pas pouvoir avoir un enfant immobilise ces patientes dans un impossible paradoxe imaginaire : lutter contre la mère et être détruite de l’intérieur ; ne pas lutter et ne pas accéder au père ni à l’enfant qu’il pourrait donner. Ce paradoxe ravive haine et honte, angoisse et culpabilité, les figeant en un temps logique de la première identification… conjonction mythique de l’avoir et de l’être.”
Selon F. Faure-Pragier [4] : ”Le père occupe souvent une place marginale dans le psychisme de nos patientes ; il ne serait, pense la patiente, qu’un simple instrument de conception pour la mère. Elle en vient même à déprécier ce père qui n’a pas su s’imposer. Si le père joue un rôle habituellement séparateur du couple mère-bébé, il semble, dans nos cas, l’avoir fait insuffisamment, ne réclamant pas pour lui une part du temps de la mère, se soumettant au contraire à celle-ci ; pour nos patientes, il apparaît souvent comme un enfant de plus, et non comme celui qui impose un certain ordre, une loi qui sépare les générations.” Et cet auteur de poursuivre : ”Au cours des cures psychanalytiques que nous engageons avec ces femmes en mal d’enfant, il est habituel de constater que la conception est consécutive à un réinvestissement du père dans le discours. Il s’agit souvent du retour de souvenirs et d’affects mesurés, d’une certaine complicité, d’une tendresse, de rêves mettant en scène l’imago paternelle.” Ce simple mouvement de reconnaissance du père exprime sans doute un progrès dans l’autonomie ; le lien d’amour possessif et de colère déçu avec la mère se distend grâce au travail analytique, et le père peut alors retrouver sa place.
A contrario, certaines femmes parlent très vite de la relation privilégiée qu’elles ont avec leur père, à tel point que l’on pourrait leur prêter ce discours : ”j’aime tant mon père que tout enfant que je pourrais concevoir avec un autre homme serait imaginairement de lui”. L’infertilité est alors préférable à la réalisation d’un inceste fantasmatique.
 
1• Bidlowski M., Les enfants du désir, in Psychanalyse à l’université, 4(13), 59-92, Ed Réplique, Dec 78
2• Santiago-Delefosse M., Fécondation in vitro, Anthropos-Economica, 1995
3• Canon-Yannotti M. et al, Psychogenic sterility, Rev Fr Gynecol Obstet, 86(12), 741-46, 1991
4• Faure-Pragier S., Les bébés de l’inconscient, le psychanalyste face aux stérilités féminines aujourd’hui, PUF, Juin 97
5• Chatel M.M., Malaise dans la procréation, Albin-Michel, 1998
 
 

FIV, Détresse et adaptation psychique




FIV, Détresse et adaptation psychique


 
Pour faire suite à notre premier article  sur les conséquences du stress de la FIV qui peuvent se décliner en dépression et anxiété, nous vous proposons avec cet article d’explorer ce que recouvre le terme ”détresse” qu’utilisent certaines femmes et d’identifier qu’elles en sont les caractéristiques.
 
Une étude de Chiba H. [1] portant sur une centaine de femmes stériles a montré que le stress lié, dans un premier temps, à un complexe d’infériorité physique [corps porteur ”, incontrôlables, irrationnel], devient par la suite un stress essentiellement dépendant du regard que la famille et les ”autres” portent sur l’infertilité et les échecs inexpliqués.
Suite au constat de leur incapacité à concevoir, 49% des femmes ont mentionné des changements dans leur fonctionnement sexuel et 75% des changements de leur humeur [2]. Les femmes se ressentent souvent moins féminines, vides, incomplètes, moins désirables [3], elles manquent d’estime pour elles-mêmes [4], se sentent coupables [5, 6], y compris envers leur conjoint [6]. Il y a, en fait, une grande divergence entre leur moi actuel et l’idéal de leur moi [8]. Les femmes vivent souvent l’infertilité comme un échec de leur rôle social, une diminution de leur statut de femme [9]. Pour Mimoun [7], il y a une crise d’identité à l’annonce de la stérilité et selon Berg [10], en acquérant ce statut de femme infertile, elles perdent d’une manière subjective leur féminité, même si la stérilité incombe à leur partenaire.
 
La psychologie cognitive anglosaxone [11] s’est attachée à l’étude des stratégies qu’une personne met en place pour maîtriser ou diminuer l’impact d’un événement qui menace son bien-être physique ou psychique. Elle a développé le concept de ”stratégie d’ajustement” ou ”coping”. Le choix des stratégies dépend d’une part de l’évaluation cognitive que la personne fait des événements et d’autre part, des ressources dont elle pense disposer dans ces circonstances. Ces stratégies sont à l’origine du comportement adopté face au problème : soit d’affrontement (actif), soit d’évitement (passif), ainsi que du contrôle émotionnel ”utilisé”. Il est, par ailleurs, important de souligner que toute adaptation psychique est sous-tendue par un processus d’élaboration progressive, spécifique de l’histoire propre du sujet et de sa structure psychique.
Bringhenti [12] a étudié l’adaptation psychique de 122 femmes. Il a montré que les scores émotionnels, reflets de la capacité à gérer les événement stressants, étaient influencés par différents facteurs : le nombre de cycles de FIV et la possibilité d’envisager l’adoption, l’estime que la femme a vis-à-vis d’elle-même et la satisfaction que son emploi lui apporte, enfin les dimensions de sa personnalité. Par ailleurs, l’anxiété s’est avérée dépendante de la satisfaction trouvée au sein du couple. Cet auteur conclue que l’infertilité et ses traitements peuvent être parfaitement gérés par des femmes ayant une personnalité équilibrée, une haute estime d’elle-même, satisfaite de leur emploi et de leur relation avec leur mari et qui peuvent envisager l’adoption en dernier recours. Mais qu’en est-il des autres femmes ?
Mori mentionne que les femmes les plus anxieuses se figent dans un processus de souffrance psychique d’introversion auquel est associé une vision pessimiste quant à la réussite d’une grossesse [13]. Enfin, l’évaluation des ”stratégies d’ajustement” [14] en regard des niveaux de souffrance psychique, a montré que chez les femmes les plus en détresse, les stratégies utilisées font essentiellement appel au monologue et au sommeil, renforçant ainsi leur isolement.
Depuis plusieurs années et tenant compte de ces différents travaux, plusieurs équipes anglo-saxonnes ont proposé un accompagnement psychothérapeutique de la FIV, souvent sous la forme d’un programme de 6 à 8 séances, ayant pour objectif de permettre aux femmes et aux couples de se réapproprier un certain contrôle de leur vie [6], et de diminuer l’anxiété et la dépression [15, 16]. Mc Queeney DA [17] a mené un travail chez 29 femmes qui cherchaient à concevoir depuis en moyenne au moins 4 ans, et a conclu à une meilleure gestion de la détresse due à l’infertilité et à ses traitements, grâce à 6 séances de groupe, que le travail proposé soit de type émotionnel ou centré sur la résolution de problèmes.
Certaines équipes ont souhaité intervenir beaucoup plus précocement, à savoir avant le pic dépressif de la deuxième année [18], voire même en amont de tout traitement d’infertilité [14], avec pour but d’éviter, chez certaines femmes, l’apparition de la détresse et d’augmenter leur taux de grossesse [18], grâce à une acquisition précoce de stratégies appropriées. A ce jour, Domar AD mène une étude au sujet de l’impact d’une brève intervention psychologique sur les arrêts de FIV [20].
Aujourd’hui, la notion de qualité de vie de la femme en traitement de FIV… reste un sujet d’importance pour les anglo-saxons qui ont mené une étude sur 1414 femmes [Canada, UK, USA, Australie, Nouvelle-Zélande] afin de mettre au point le FertiQoL, un outil d’évaluation de 34 items [19]. D’autre part, très récemment, une équipe suédoise a mentionné la colère d’hommes et femmes trois années après l’échec de la FIV [21].
 
Dans la continuité de ces travaux, je propose un accompagnement individuel de quelques séances qui au-delà de refaire du lien avec un corps vécu comme irrationnel, se centre sur les ressources de la personne et sur l’identification des schémas cognitifs limitants afin de les remplacer par des modalités plus ”opérantes”  [changement de croyances, neutralisations d’échecs anxiogènes, gestion de conflits internes…]. Cette démarche à pour objectif de permettre à la femme de reprendre confiance en elle, de redévelopper de l’estime vis-à-vis d’elle-même, ressource fondamentale pour dépasser ses limitations, affronter la situation et dépasser la crise.
 
  1. Chiba H, Stress of female infertility.. Gyn &Obst Investigation 43(3), 171-7, 1997
  2. Downey J, Mood disorders… Fertil Steril 52(3), 425-432, 1989
  3. Freeman  EW et al, Behavioral and Emotional… Fertil Steril 40, 195-201, 1983
  4. Facchinetti F, Psychosomatic disorders… Psychother Psychosom 58(3-4), 137-154, 1992
  5. Berg B, Psychological functionning… J Behav Med 14, 11-26, 1991
  6. Beaurepaire J et al, Psychosocial adjustment to infertility… J Psychosom. Res. 38(3), 229-40, 1994
  7. Mimoun S, les multiples interactions… Contracept Fert Sex 21(3), 251-254, 1993
  8. Kraft A et al, The psychological dimensions… Am J Orthopsychiatry 50, 618-628, 1980
  9. Greil A et al, Infertility : his and hers, Gen Soc 2, 172-199, 1988
  10. Berg J et al, Psychological sequelae of infertility… Soc Sci Med 33(0), 1071-1080, 1991
  11. Lazarus RS. Stress and coping as factors – In : Cohen J et al Psychosocial aspects of cancer, N.Y. Raven Press 1982
  12. Bringhenti F et al, Psychological adjustment of infertile… Acta Obstet Gynecol Scand. 76(5) : 431-7, 1997
  13. Mori E et al, Anxiety of infertile women undergoing IVF-ET… Gyn Obstet Invest 44(3) : 157-162, 1997
  14. Lukse MP et al, Grief, depression and coping… Ostet Gynaecol 93(2), 245-51, 1999
  15. Domar AD et al, Psychological improvment in infertile.. Fertil Steril 58(1), 144-47, 1992
  16. Domar AD et al, The mind/body  program.. Fertil Steril 53(2), 246-49, 1990
  17. Mc Queeney DA et al, Efficacy of emotion-focused and problem-focused… J Behav Med 20(4), 313-31, 1997
  18. Domar AD et al, Impact of group psychological interventions.. Fertil Steril 73(4), 805-12, 2000
  19. Boivin J et al, The fertility quality of life (FertiQoL) tool….Hum Reprod. 2011 Aug;26(8):2084-91
  20. Domar AD et al, The mind/body  program… ClinicalTrials.gov identifier: NCT01318291
  21. Helena Volgsten  et al, Unresolved grief in women and men in Sweden… Supplemental Terms and Conditions for iOpenAccess articles published in Informa Healthcare journals, Accepted July 14, 2010

FIV, STRESS, ANXIÉTÉ ET DÉPRESSION

 

FIV, STRESS, ANXIÉTÉ ET DÉPRESSION





Il a été montré dans les années 80, que le stress en agissant sur le système autonome peut modifier les apports sanguins des ovaires et donc peut modifier leur contractilité, la taille des follicules et l’ovulation [1]. Le stress a également été estimé responsable de la perturbation des différentes fonctions intervenant dans la nidation [2]. Plus récemment, des études ont relié le stress à la prolactine et au cortisol circulant, montrant que ces derniers présentaient des taux élevés dans le cadre de l’infertilité [21,22 23, 24, 25, 18].
Il est, par ailleurs, largement reconnu que l’infertilité est à l’origine d’une détresse d’ordre psychologique [20] et que l’anxiété des femmes en parcours de FIV peut être considérée comme une réponse au stress généré par les traitements : incertitude de la réussite du traitement, réactions physiques aux médicaments, le fait de jongler entre travail, carrière professionnelle et traitement, sentiment de perte de contrôle du processus de son corps associé à une dévalorisation de soi [3, 4]. L’anxiété est considérée comme maximale lors du prélèvement ovocytaire, mais elle est également importante lors du test de grossesse. Bien qu’il y ait des travaux contradictoires plus récents [11, 19, 36], plusieurs études ont montré que l’anxiété a un effet négatif sur la grossesse [5, 6, 7, 8, 35] et que le fait de la diminuer permet d’augmenter le taux de grossesse [9, 10].
 
Dans les années 90, différents travaux ont mis en évidence un lien entre l’infertilité et la dépression. Lapane a ainsi noté [12] que les femmes ayant eu un épisode dépressif, présentent deux fois plus souvent un incident secondaire d’infertilité. Par ailleurs, il a été rapporté [17], avec la réserve que l’observation porte sur peu de cas, une incidence plus élevée de fausse couche à un stade précoce, chez des femmes en détresse présentant des cycles mensuels longs. Dans le cadre de la FIV, les femmes ayant vécu au moins un échec et déprimées lors du nouveau cycle, n’ont présenté que 13% de grossesse comparativement à 29% chez les femmes non déprimées [11]. Enfin, des femmes ayant des symptômes dépressifs importants au 3 jour du cycle de la FIV, on tun taux de grossesse significativement plus faible que celui de femmes asymptomatiques [13].
Cette détresse psychologique des femmes augmente avec le temps [14, 16] et la dépression s’accentue à chaque échec avec un pic entre le 2 et la 3 année de traitement, pour ne retourner à un niveau normal qu’après 6 ans d’infertilité [15].
 
Les années 2000 ont vu l’éclosion d’études menées essentiellement par les anglosaxons cherchant à évaluer l’efficacité de la relaxation associée à la visualisation. Elles ont montré l’impact de cette technique sur différentes fonctions physiologiques : diminution d’activité du système sympathique et action sur le stress [26,27], diminution de l’anxiété [26], de la dépression [30], réduction de la P.A. dans le cadre de l’HTA limite [33], stimulation du système immunitaire [31, 32], diminution des syndromes prémenstruels sévères [26], résolution de 2 cas d’infertilité fonctionnelle [34]. Dans le cadre de la FIV, une diminution de la dépression et de l’anxiété [28, 29] ont été rapportées.
 
Dans la continuité de ces travaux, je propose un accompagnement de la FIV par la relaxation-visualisation sur 3 séances. Cet accompagnement peut s’inscrire ultérieurement et si nécessaire dans une prise en charge psychothérapeutique plus globale.
 
1.    Burden HW, in Ben Jonathan, Cathecholamines as hormonal regulators, N.Y. : Academic Press 261-278, 1985
2.    Edwards R, in Conception in the human female, London : Academic Press, 1980
3.    Mahlstedt PP, Emotional factors and FIV… J IVF/ET 4, 232-235, 1987
4.    Mimoun S, les multiples interactions… Contracept Fert Sex 21(3), 251-254, 1993
5.    Demyttenaere K, Anxiety and conception, J Psychosom Gynæcol 8, 175-181, 1988
6.    Downey J, Mood disorders… Fertil Steril 52(3), 425-432, 1989
7.    Eimers JM, Physical complaints and emotional… J Psychosom Obstet Gyn 18(1), 31-35, 1997
8.    Facchinetti F, Psychosomatic disorders… Psychother Psychosom 58(3-4), 137-154, 1992
9.    Sarrel P, Psychotherapeutic intervention…. Fertil Steril 43, 897-900, 1985
10. Rodriguez B, Third World Congress of Behavior Therapy, Washington DC, Dec 8-11, 1983
11.Thiering P, Mood state as a predictor…. J Psychosom Res 37, 481-91, 1993
12. Lapane LK, Is a history…. Psychosom Med 57, 509-13, 1995
13. Demyttenaere K, coping style and depression… Fert Ster 69, 1026-33, 1998
14. Berg B, Psychological functionning… J Behav Med 14, 11-26, 1991
15. Domar AD, The prevalence and predictability… Fert Ster 58, 1158-63, 1992
16. Chiba H, Stress of female infertility.. Gyn &Obst Investigation 43(3), 171-7, 1997
17. Hjollund NH, Distress and reduced fertility…. Fert & Ster 72(1), 47-53, 1999
18. Csermiczky G, The influence of stress and… Acta Obstret Gynæcol Scand 79(2), 113-8, 2000
19. Ardenti R, Anxiety and perceptive functioning…. Human Reproduction 14(12), 3126-32, 1999
20. Oddens BJ, Psychosocial experiences… Human Reproduction 14(1), 255-61, 1999
21. Demyttenære K, The effect of a specific… Fert Steril 6, 942-948, 1989
22. Harrisson RF, Stress, prolactin… Lancet I, 209, 1979
23. Koninckx PR, Stress hyperprolactinemia… Lancet I, 273, 1978
24. Ben-David J, Transient hyperprolactinemia… J Clin Endocrinol Metab 57, 442-444, 1983
25. Fruhstorfer B, Daytime noise stress… Int J Neuroscie 26, 301-308, 1985
26. Goodale, Obstet Gynecol 75(4), 649-55, 1990
27. Lee, J of Dev & Behav Pediatrics 17(5), 323-7, 1996
28. Rees, J Holist Nurs 13(3), 255-67, 1995
29. Domar, J of Psychosom Obstet Gynæcol 17(4), 202-7, 1996
30. Murphy, Psychol Reprod 77(2), 403-20, 1995
31. Lekander M, Immune effects of relaxation… Psychother &Psychosomatics 66(4), 185-91, 1997
32. Hewson & Bower, J of Dev & Behav Pediatrics 17(5), 311-6, 1996
33. Yung, Behav Res Ther 34(10), 821-6, 1996
34. Gravitz, Am J Lin Hyp 38(1), 22-6, 1995
35. Eugster A, The effect of episodic…. J Psychosom Obstet Gynæcol 25(1), 57-65, mars 2004
36. Gourounti K, The relation of psychological…. Women Health 51(4) : 321-39, Jun 2011

Femmes : être créatrice et actrice du changement planétaire actuel


FEMMES : être créatrice et actrice
du changement planétaire actuel


Groupe de parole de Femmes

”.... et elles prirent leur destin en mains pour trouver un autre chemin.”
 
Propos de fin du film de N. Labaki, dernièrement sur les écransEt maintenant on va où ?”
Ce film raconte la détermination créative et sans faille d'un groupe de femmes d’obédiences religieuses différentes (croix et croissant) décidées à protéger leur famille, à faire oublier aux hommes leurs rivalités et à maintenir la paix dans leur village situé au cœur d’un pays en cours de destruction par suite d’une guerre de religions.
 
 
Nous sommes actuellement dans une grande phase de transformation planétaire et devons faire face à de nombreux défis. Dans cette perspective, en tant que femmes nous sommes nombreuses à ressentir le besoin de  nous ouvrir à une nouvelle manière d’être et de faire.
 
Notre monde, essentiellement régi selon une vision patriarcale, s’appuie sur un principe Masculin dominant qui oppose, sépare, exclue, valorise la voie de la conquête, de l’exploitation et du rapport de force plutôt que celle du contentement, du partage, de la solidarité, du respect de l’autre, de la fraternité, de la diversité (valeurs féminines)…
 
Aujourd’hui, une profonde transformation de l’identité féminine à l’échelle planétaire est en marche malgré des soubresauts et des régressions. Sur un plan historique, en France, la période d’après-guerre a vu les femmes être infantilisées et traitées comme une propriété privée, un objet. Puis vint le mouvement féministe et l’accès à la contraception, à l’avortement, le droit à disposer de son corps… Aujourd’hui, si l’on s’en réfère à la littérature récente sur le sujet [P. Bourdieu La domination masculine(Seuil 1998) ; N. Bajos et M. Bozon, dans leur Enquête sur la sexualité en France (La Découverte, 2008) ; J.-P. Mialet, dans Sex aequo - le quiproquo des sexes(Albin Michel, 2011) ; S. Morvan et L. David, Express du 03 Sept. 2011] nous pouvons constater que la femme a acquis aujourd’hui une certaine autonomie matérielle, mais qu’elle reste encore sur bien des plans inféodée à une vision masculine de la réussite, du bonheur, de la vie...
Ce constat soulève la question de la connaissance des désirs au feminin. Qu’en savons-nous ? En fait ces désirs ne sont-ils pas, à ce jour, de grands inconnus, même de nous les femmes ? Sommes-nous au clair dans notre vision de femme ou calquons-nous notre vision sur celle des hommes ?
 
Ne serait--il pas temps de nous interroger sur ”Qu’est-ce qu’être femme” ? Quelles sont les facettes, les caractéristiques du Féminin ? Comment vivons–nous ces facettes en nous-même ? Comment exprimons-nous ces différents aspects du Féminin ?
Quels sont réellement nos désirs, nos valeurs, notre vision en tant que femme ?  Quelles énergies de nous-même souhaitons nous mettre en œuvre pour participer pleinement à ce changement planétaire ?
 
Pinkola Estes (Femmes qui courent avec les loups, Grasset, 1992) qualifie l’essence Féminine fondamentale qui habite au plus profond de chaque femme ainsi: ”Chez la femme, l’intériorité est simple et innée. Elle contacte avec aisance les énergies instinctives internes qui constituent l’essence même de son être... Tantôt solitaire, tantôt maternante, quelquefois impulsive ou tout à coup inspirée, la femme est à l’image du cycle de la lune, changeante et aussi profondément enracinée dans la sagesse même des rythmes de la vie de la terre et de tous les êtres vivants qui la composent. Si nous voulons fleurir dans notre vie, nous devons respecter les rythmes connus de cette essence féminine profonde.” 
Une des voies pour renouer avec la sagesse ancestrale de la Femme passe bien sûr par la richesse des contes de Pinkola Estes. Mais, la mythologie grecque, fondatrice de notre culture, n’est-elle pas aussi riche d’un pantheon de déesses qui nous parle des potentiels du Féminin [Athéna, Artémis, Héra….] ? et ne pourrions-nous aussi nous référer à l’hindouïsme, lui aussi connu pour son richissime pantheon de dieux et déesses dont les représentations correspondent aux multiples facettes humaines, expressions différentes (archétypales) d’un seul et même pouvoir créateur ?
Pour donner un exemple, dans l’hindouisme, l’énergie féminine (Shakti) prend aussi bien la forme de Sarasvati, déesse de la connaissance, de l'éloquence, de la sagesse et des arts [Elle est l'épouse de Brahma le dieu créateur de la trimuriiindienne et leur union souligne la notion que la connaissance est une condition sine qua non de la création], que celle de Durga “l’Invincible”, déesse aux 9 formes, qui possèdant les pouvoirs de la Trinité masculine et la beauté de la Trinité féminine évita la destruction de la terre (Cf légende en fin de document). Le tigre sur lequel elle est assise représente son pouvoir illimité, qu’elle met au service de la vertu pour détruire le mal. Ses multiples armes indiquent que pour vaincre les pulsions du mal, l’être humain doit développer différentes qualités, selon les situations et les circonstances : le détachement contre l’égoïsme, la connaissance de soi contre la colère, la générosité contre l’avidité ou la rancune, le discernement contre le préjudice (vol, meurtre…) etc…. L’amour étant en fait l’arme universelle.
 
L’essence féminine représente la voix de l’âme, elle nous invite à dépasser la vision de l’ego pour agir en conscience et nous mettre à l’écoute des vrais besoins de l’humanité. Elle ”sait” avant même que la raison impose sa loi. Sentir et vivre sa nature féminine, c’est se donner la possibilité de créer, de se créer, de s’épanouir ; c’est mettre en pratique des valeurs qui peuvent contribuer à plus d’amour et de sagesse dans le monde.
 
Si jamais ces quelques mots résonnent en vous, si vous vous sentez concernée, et si cette aventure vous tente, je vous invite à nous rejoindre au sein de ce groupe de paroles de Femmes.
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